Raphaël Ogier, président de la distillerie Ogier : “Il faut travailler avec la nature et pas contre elle !”

Raphaël Ogier, président de la distillerie Ogier : “Il faut travailler avec la nature et pas contre elle !”

Grâce à l’agriculture raisonnée, cet arboriculteur passionné, partenaire Les vergers Boiron, fait probablement pousser les meilleurs poires et abricots de France. Sans sacrifier ses rendements. Les secrets de l’excellence…

La distillerie Ogier est l'un des exemples les plus réussis de l'agriculture raisonnée. Comment y êtes-vous venu ?

C’est un peu un cheminement historique. Mon grand-père dirigeait une exploitation vivrière, avec de l’élevage, un potager et des parcelles de culture, il a planté quelques premiers poiriers en 1919. Mon père, lui, avait vraiment l'amour des arbres et des fruits, et a développé la partie arboricole à partir de 1967. Moi-même, j’ai rejoint l'aventure vingt ans plus tard, après un BTS en agriculture, et je l’ai aidé à bâtir une distillerie pour valoriser encore davantage nos fruits. C'est à peu près à ce moment-là que nous avons passé toute l’exploitation en agriculture raisonnée. Cela allait à contre-courant de toutes les pratiques du moment : les produits phytosanitaires étaient rois !


Quelle est votre pratique de l’agriculture raisonnée ?

Si je devais en résumer la philosophie, je dirais que cela revient à travailler AVEC la nature, et pas contre. Pour la consommation d’eau, la préservation des sols, la prise en compte des animaux… Je vais vous donner un exemple : notre principal problème, ce sont les insectes, qui sont en général combattus avec des produits chimiques. Or, si certains insectes sont effectivement une menace pour nos fruits, d'autres au contraire les respectent et détruisent même ceux qui nous nuisent. Nous faisons donc en sorte d’établir un équilibre entre ces deux espèces, pour protéger notre production. Ce qui nous permet d’utiliser le moins possible de produits chimiques, voire de nous en passer totalement.


Vous combattez donc les insectes avec d’autres insectes ?

Exactement ! Prenez le psylle. C’est un petit acarien extrêmement nuisible pour la poire, il sécrète un miellat qui coule le long des branches et gâche les fruits. Pour l’éradiquer, nous avons abandonné les traitements chimiques et fait appel… à l’anthocoris. C’est un insecte rampant, sorte de petite punaise, qui raffole des larves de psylle ! Les premières années, au printemps, nous faisions donc un lâcher d’anthocoris dans nos vergers. Mais depuis trois ans, cela n’est même plus nécessaire car l’équilibre entre les deux populations s’est fait naturellement, et nos fruits ne se sont jamais aussi bien portés.


Vos rendements ont forcément diminué, avec ces méthodes naturelles ?

Absolument pas. Je dirais même : au contraire !  Auparavant, nous devions jeter certains fruits salis par les produits phytosanitaires. Aujourd’hui, nous ne produisons que de beaux fruits, savoureux. Et respectueux de l’environnement, donc.  En revanche, cela a un prix, car il faut une main-d’œuvre plus importante. Mais nous avons eu la chance de rencontrer des gens intelligents et compétents qui ont accepté de payer ces fruits plus cher qu’ailleurs pour retrouver la qualité originelle du bon fruit. Les vergers Boiron en font partie.


Vous avez mis sur pied une filière spécifique pour Les vergers Boiron...

Oui, il y a huit ans, Les vergers Boiron nous ont demandé de travailler sur du cassis, puis de la poire. Ils nous ont immédiatement expliqué qu’ils ne voulaient absolument aucune trace de produits chimiques dans leurs purées de fruits. Nous étions déjà bien avancés dans nos méthodes d’agriculture raisonnée, mais là nous avons dû aller encore plus loin : en favorisant le traitement naturel des récoltes, donc, mais aussi en recherchant la maturation parfaite du fruit. Pour cela, on cueille le fruit quinze à vingt jours avant sa pleine maturité, on le stocke trois semaines dans un frigo à zéro degré, où il finit de mûrir lentement, sous surveillance quotidienne, pour parvenir à une maturation parfaite. Cela nous permet de leur délivrer des fruits d'une très haute qualité, par exemple une poire bien jaune, parfaitement mûre et ferme, au parfum délicieux. Les vergers Boiron sont le seul client pour qui nous faisons ce travail. Le responsable qualité de leur laboratoire nous accompagne pour améliorer tous les ans nos méthodes.


Vous êtes pourtant avant tout un fournisseur de primeurs ?

Oui, Les vergers Boiron sont le seul industriel avec qui nous avons accepté de travailler : ce sont les seuls à partager notre philosophie de la qualité au juste prix, quand les autres ne cherchent bien souvent que les prix les plus bas… Une grande partie de notre production est en effet vendue en frais, aux primeurs et aux grossistes. Et un tiers distillé sur le domaine en eaux de vie, liqueurs, apéritifs ou sirops 100 % fruits et sucre. Sans aucun additif ni colorant, je n’ai même pas besoin de le dire.


Le temps a été particulièrement capricieux cette année, avec un hiver étonnamment doux… La récolte 2016 sera bonne ?

Il est encore trop tôt pour le dire. Certains arbres, comme les abricotiers, ont commencé à fleurir en mars, car il faisait + 15° la journée. Le problème est que le mercure tombait à - 4° la nuit, ce qui peut faire sécher les fleurs et diminuer le rendement. Mais je suis un éternel optimiste, alors je préfère penser que tout va bien se passer. Et quoi qu’il arrive, nous organiserons fin septembre notre grande fête annuelle avec nos saisonniers, pour célébrer deux mois intensifs de récolte, comme le faisait mon grand-père il y a 80 ans !



Avril 2016